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Quand la pression vous fait perdre ce dont vous avez le plus besoin.

13 oct.
8 min de lecture

Il y a quelques jours, j'accompagnais un dirigeant qui n'avait pas vraiment le moral.


Il faut dire que les raisons ne manquaient pas. Une actualité anxiogène, des perspectives économiques incertaines, des mauvaises nouvelles qui semblent se succéder sans répit… Et pour couronner le tout, une baisse de son chiffre d'affaires qui venait donner une réalité très concrète à ses inquiétudes.


Il avait beau chercher des solutions, son esprit revenait sans cesse aux mêmes préoccupations.


Et si cela continuait ? Et si les choses empiraient ? Qu'est-ce que je pourrais encore faire ?


Des questions parfaitement légitimes pour quelqu'un qui porte la responsabilité d'une entreprise. Mais ce qui m'a frappé pendant notre séance, ce n'était pas seulement ce qu'il me racontait.


C'était ce que son corps racontait en même temps.


Quand les mauvaises nouvelles finissent par nous contracter


Ses épaules étaient légèrement remontées. Son thorax semblait manquer de mobilité. Sa respiration se concentrait davantage dans le haut du corps. Toute son énergie paraissait mobilisée vers sa tête, comme si réfléchir encore davantage allait nécessairement lui permettre de trouver une issue.


Et pourtant, il me confiait que ses nuits étaient devenues peu récupératrices. Il se réveillait fatigué, avec cette impression de ne jamais vraiment décrocher.


Je lui ai proposé de porter son attention sur ce qui se passait dans son corps :

  • Observer sa posture.

  • Sentir les zones de tension.

  • Prendre conscience de la manière dont sa respiration accompagnait, ou non, ses mouvements.

  • Puis, progressivement, retrouver un peu de mobilité, sans chercher à imposer une respiration particulière.


L'objectif n'était pas de lui faire oublier ses problèmes, encore moins de lui faire croire que quelques respirations suffiraient à résoudre ses difficultés économiques.


Il s'agissait de lui faire expérimenter une chose essentielle :

Notre état intérieur influence la manière dont nous abordons ce qui nous arrive.


Lorsque nous sommes préoccupés, notre attention peut progressivement se resserrer autour de ce qui nous inquiète. Nous revenons aux mêmes pensées. Nous anticipons les mêmes scénarios. Nous cherchons à maîtriser ce qui nous échappe.


J'appelle parfois cela l'enfer-me-ment.


Un enfermement cognitif et émotionnel dans lequel nous pouvons finir par tourner en rond, sans même nous apercevoir que notre manière de chercher des solutions devient elle-même une partie du problème.


Et c'est là que commence un paradoxe.


Être tendu ne signifie pas être plus engagé


Nous avons souvent appris que, lorsque les choses deviennent sérieuses, il faut se tendre, que l'inquiétude témoigne de notre sens des responsabilités, que rester préoccupé prouve que nous sommes concernés, et qu'un dirigeant véritablement engagé doit presque porter les difficultés de son entreprise jusque dans son sommeil.

Je connais bien ce mécanisme.


Lorsque je dirigeais mon cabinet de courtage en assurances et en produits financiers, j'ai moi aussi traversé des périodes où les décisions à prendre, les intérêts de mes clients et les incertitudes économiques exigeaient une grande vigilance.


La tension pouvait donner le sentiment d'être davantage mobilisé.


Et soyons clairs : une certaine tension est parfois nécessaire. Elle nous prépare à réagir, à nous concentrer, à nous dépasser.


Mais avec le recul, et grâce à mes années de pratique martiale, j'ai compris une distinction essentielle :

Être concerné par une situation ne nous oblige pas à être contracté par elle.


On peut prendre un problème très au sérieux sans lui abandonner tout son espace intérieur. On peut être profondément engagé sans vivre en permanence sur le qui-vive.

Et surtout, on peut agir avec détermination sans être dominé par l'urgence.


Car la question n'est pas seulement de savoir combien d'énergie nous sommes capables de mobiliser. C'est aussi de savoir combien nous en gaspillons inutilement.


L'adrénaline peut nous aider à agir. Mais à quel prix ?


Dans le monde entrepreneurial, nous entretenons parfois une relation ambiguë avec l'adrénaline. Certains dirigeants aiment cette sensation d'urgence :

  • Le dossier à sauver au dernier moment.

  • La négociation décisive.

  • Le problème inattendu qu'il faut résoudre immédiatement.


Cette intensité peut être stimulante.

Elle nous donne parfois le sentiment d'être pleinement vivants, efficaces, indispensables. Et il serait absurde de nier que l'activation physiologique puisse nous aider à nous mobiliser.


Mais il existe un revers.


À force de devenir très efficaces dans l'urgence, nous pouvons finir par confondre excitation et efficacité.


Nous devenons très performants pour éteindre les incendies, mais parfois moins disponibles pour réfléchir à la manière de les éviter.


Nous consacrons beaucoup d'énergie à réagir, au détriment de notre capacité à prendre du recul.


Et surtout, cette mobilisation peut déborder sur le reste de notre vie :

  • Une remarque anodine devient irritante.

  • Une conversation familiale nous semble trop longue.

  • Un collaborateur qui propose une idée différente est perçu comme un obstacle supplémentaire.


Nous sommes présents physiquement, mais notre attention est ailleurs. Et lorsque vient le moment d'imaginer une nouvelle stratégie, de prendre une décision importante ou simplement d'écouter quelqu'un, nous n'avons parfois plus suffisamment de disponibilité intérieure.


Or, innover ne demande pas seulement de l'énergie. Cela demande aussi de l'ouverture.

La capacité à regarder autrement, à accueillir une idée inattendue, ) reconnaître qu'une méthode qui fonctionnait hier n'est peut-être plus adaptée aujourd'hui.


Cette disponibilité ne se décrète pas. Elle se cultive.


Ce que les arts martiaux m'ont appris : rester mobile sous pression


Imaginez un toréador face à un taureau. Sans entrer dans le débat sur la corrida, retenons simplement cette image : face à une force puissante, l'excitation et la précipitation peuvent faire perdre la précision du geste.


Ce qui compte, c'est la qualité de présence, le bon placement et la capacité à s'ajuster au bon moment.


Dans les arts martiaux, nous retrouvons cette même exigence. Face à un partenaire qui exerce une pression, notre premier réflexe est souvent de contracter davantage nos muscles, de bloquer notre respiration et de répondre par la force.


Cela peut fonctionner un instant. Mais cela peut aussi nous rendre plus rigides, plus prévisibles et finalement plus vulnérables.


Avec l'expérience, nous découvrons qu'il est possible de conserver une structure solide tout en restant souple, de garder une intention claire sans se figer sur une seule réponse, de mobiliser de la puissance sans contracter inutilement tout notre corps.


La véritable maîtrise ne consiste pas à contrôler tout ce qui arrive. Elle consiste à préserver notre capacité d'adaptation à ce qui arrive.


C'est précisément ce que je cherche à faire ressentir dans mes séances de Respir'action.

Nous commençons par observer comment le corps s'organise, comment la respiration accompagne le mouvement, comment certaines tensions apparaissent.


Puis nous introduisons progressivement du mouvement, de l'effort, parfois une légère confrontation. Et chacun peut expérimenter la différence entre deux façons d'agir :

Se contracter pour résister, ou conserver suffisamment de stabilité et de mobilité pour s'adapter.


L'objectif n'est pas de devenir mou, passif ou indifférent. C'est de découvrir une autre manière d'être fort, une force qui ne dépend pas uniquement de notre capacité à serrer les dents.


La ressource que les dirigeants oublient parfois de protéger


Lorsqu'une entreprise traverse des difficultés, il faut évidemment regarder les chiffres, préserver la trésorerie, prendre des décisions, revoir certaines priorités, parfois accepter des changements importants.


Le calme ne remplace ni la compétence, ni le courage, ni l'action.


Mais il peut nous permettre de les mobiliser avec davantage de justesse. Et c'est ici que j'aimerais attirer votre attention sur quelque chose qui me semble essentiel.


Nous cherchons naturellement à protéger notre activité, nos équipes, nos clients et notre patrimoine. C'est indispensable. Mais au milieu de toutes ces préoccupations, nous oublions parfois de protéger ce qui nous permet précisément de faire face :

Notre puissance d'agir.


Cette capacité à rester suffisamment ouverts pour comprendre, suffisamment stables pour décider et suffisamment mobiles pour changer de direction lorsque cela devient nécessaire.


La puissance d'agir ne se mesure pas seulement à l'intensité de nos efforts. Elle se reconnaît aussi :

  • à notre capacité à ne pas nous épuiser dans des tensions qui n'apportent aucune solution ;

  • à ne pas laisser une mauvaise nouvelle contaminer toutes nos relations ;

  • à ne pas confondre u:ne difficulté professionnelle avec un échec personnel ;

  • à rester capables de voir autre chose que ce qui nous inquiète.


Car si les événements extérieurs ne dépendent pas toujours de nous, nous pouvons progressivement apprendre à mieux reconnaître et réguler notre manière d'y répondre.


C'est là que la respiration peut devenir une véritable compétence. Non pas une technique de relaxation supplémentaire à utiliser lorsque nous n'en pouvons plus.

Mais un moyen de retrouver, au cœur même de l'action, un peu de calme, de disponibilité et de lucidité.


Nous ne respirons pas pour nous retirer du monde, mais pour mieux y prendre notre place.


Et si nous avions pris les choses à l'envers ?


En repensant à cette séance avec ce dirigeant, une question m'est revenue. Pourquoi attendons-nous si souvent que les choses aillent mieux pour nous autoriser à nous sentir bien ?


Nous attendons que le chiffre d'affaires remonte, que les mauvaises nouvelles cessent, que les problèmes soient résolus, que l'avenir redevienne rassurant. Et nous nous disons qu'alors, enfin, nous pourrons souffler, profiter, retrouver du plaisir dans notre quotidien.


Mais cette manière de voir les choses comporte un piège. Car lorsque nous remettons notre bien-être à plus tard, nous risquons de traverser une grande partie de notre existence en attendant qu'elle commence vraiment. Et surtout, nous pouvons perdre progressivement ce qui nous donnait autrefois envie d'entreprendre :

  • La curiosité.

  • L'envie de construire.

  • Le plaisir de rencontrer.

  • Le goût d'apprendre, d'essayer, de créer.


Cette énergie intérieure qui nous pousse à explorer de nouveaux horizons, non pas uniquement parce que nous y sommes obligés, mais parce que nous en avons envie.


Alors, et si nous inversions la perspective ?

Et si aimer sa vie n'était pas la récompense de notre réussite, mais l'une des conditions qui nous permettent de continuer à grandir ?


Je ne parle évidemment pas d'aimer tout ce qui nous arrive, ni de nier les difficultés, les pertes ou les inquiétudes.


Aimer sa vie ne signifie pas qu'elle est parfaite. C'est continuer à lui trouver de la valeur, même lorsqu'elle nous bouscule. C'est ne pas laisser les problèmes occuper toute la place. C'est rester en relation avec ce qui compte vraiment pour nous : nos proches, nos projets, nos engagements, notre curiosité, notre envie de contribuer à quelque chose qui nous dépasse parfois.


Et c'est peut-être là que se trouve une stratégie de croissance beaucoup plus profonde qu'il n'y paraît.


Quand nous aimons notre vie, nous avons plus naturellement envie de la faire grandir.


Nous pouvons retrouver le désir d'explorer, de rencontrer, de comprendre, d'inventer.

À l'inverse, lorsque nous n'aimons plus ce que nous vivons, une grande partie de notre énergie risque d'être consacrée à nous protéger, à résister, à éviter de perdre.


Bien sûr, aimer sa vie ne garantit pas la croissance de notre entreprise.


Mais cela peut nous aider à préserver les qualités humaines dont nous avons besoin pour agir sur ce qui dépend encore de nous. Et peut-être aussi à nous rappeler une chose essentielle : notre existence vaut davantage que les résultats de notre activité.


Et vous, que cherchez-vous vraiment à préserver ?


La prochaine fois que les mauvaises nouvelles s'accumuleront, avant de chercher immédiatement ce que vous devez faire de plus, accordez-vous quelques instants pour observer dans quel état vous vous trouvez :

  • Votre posture s'est-elle refermée ?

  • Votre respiration est-elle devenue plus contrainte ?

  • Votre attention tourne-t-elle autour des mêmes préoccupations ?

  • Et surtout, cet état vous aide-t-il réellement à trouver une réponse ?


Il ne s'agit pas de vous reprocher vos réactions. Elles sont humaines. Mais de retrouver progressivement la possibilité de ne pas en rester prisonnier, car nous ne choisissons pas toujours les difficultés que nous rencontrons. En revanche, nous pouvons nous entraîner à ne pas leur abandonner toute notre puissance d'agir.


Et si nous avions pris les choses à l'envers ?


Nous attendons souvent de réussir davantage pour apprécier pleinement notre vie.

Alors que c'est peut-être en apprenant à mieux aimer notre vie, telle qu'elle est aujourd'hui, avec ses possibilités et ses incertitudes, que nous retrouvons l'élan nécessaire pour la faire évoluer.


Maîtriser dans la fluidité, ce n'est pas attendre que la vie cesse de nous bousculer. C'est apprendre à avancer avec elle, sans perdre notre capacité de choisir notre chemin.


Et finalement, n'est-ce pas aussi cela, réussir ?


Envie d'expérimenter cette autre manière d'agir ?


Depuis plus de quarante ans, les arts martiaux m'apprennent qu'il est possible de développer une force qui ne repose pas uniquement sur la tension et l'effort.


Aujourd'hui, je transmets cette expérience à travers la Respir'action, une méthode qui associe le pouvoir du souffle à la capacité d'agir.


Dans mes séances, nous explorons concrètement comment retrouver du calme, de la mobilité et de la lucidité, y compris lorsque la pression augmente.


Il ne s'agit pas de fuir les difficultés, mais d'apprendre à les traverser autrement.




 
 
 

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