La respiration, un processus de présence

Mis à jour : 6 avr. 2020

Introduction

Dans mes cours d'arts martiaux et surtout de développement personnel que je dispense à Villenave d'Ornon, proche de Bordeaux (vous trouverez plus de détail sur mon site www.dojo33140.com), je mets souvent l'accent sur la respiration, d'autant plus depuis que je suis les formations délivrées par Yvan Cam, biologiste de formation et instructeur de Systema à Toulouse, ayant créer l'école de la respiration.

Pourtant, je constate très souvent que cet aspect est négligé par les élèves, car ils pensent que la respiration est innée et qu'il n'y a pas besoin d'y prêter attention. Pourtant, j'ai découvert que la respiration est bel et bien un processus qui s'apprend comme la marche ou la course et qui est beaucoup plus difficile qu'il n'y paraît.


Même dans le sport pratiqué à haut niveau, les techniques respiratoires étaient rarement abordées, du moins à mon époque. Pour cause : au vu de la formation d'Yvan et du médecin venu nous en parler, il y a peu de travaux sur le sujet. Dans mes débuts au tennis mais aussi dans les arts martiaux, c'est un aspect que l'on effleure à peine, en faisant confiance à la respiration « naturelle » ou plutôt « innée », ce qui est grandement perfectible. Car c'est là, où le bas blesse : qu'est ce qu'on entends par respiration « naturelle » ? Mes entraîneurs disaient souvent qu'elle se calerait naturellement dans le mouvement, comme pour la course à pied, chacun devant trouver son rythme « naturel ». Oui, d'une certaine manière, mais pas toujours si nous avons une mauvaise posture ou que nous ne sollicitons pas les bons muscles, avec la bonne tonicité et la bonne chaîne respiratoire du bas vers le haut, alors nos performances seront moindres.


La question de cet article, ou devrais je dire de ce billet d'humeur n'est pas de parler de technique proprement dite, mais de réfléchir à comment inciter chacun d'entre nous à prêter davantage attention à sa respiration ?


Moi le premier, j'ai toujours cru que je respirais bien, puisque toujours sportif avec des résultats souvent de bon niveau (allant jusqu'aux championnats de France).


A force de pratiquer la respiration avec Yvan, j'ai découvert surtout qu'une bonne respiration était le maillon manquant pour activer un processus de présence à soi extrêmement bénéfique.




Pourquoi prendre ce sujet en considération ?

Parce que si nous avions cette qualité de présence, nous pourrions éviter bon nombre de difficultés que nous ne voyons pas ou trop tard.


En psychologie, ma compagne, m'explique que la douleur d'une personne naît d'un écart de plus en plus grand entre le temps qui ne cesse d'avancer et sa situation du passé où elle est restée figée.


Cela me fait penser à ce fameux conte zen où 2 moines se baladent tandis qu'ils font la rencontre d'une jeune fille :

« L’histoire se passe il y a bien longtemps, aux confins de l’Extrême-Orient. Deux moines cheminent auprès d’une rivière pour rejoindre leur monastère zen situé à 20 kilomètres en contrebas. Ils avancent en silence pour bien se concentrer sur leur marche, sur l’acte lui de marcher, comme l’ont enseigné les anciens maîtres de leur tradition.


Soudain, ils aperçoivent une jeune fille complètement désemparée. Elle est toute frêle, toute menue et elle a peur de traverser la rivière et d’être emportée par le courant.


Ni une, ni deux, le plus ancien des moines installe la jeune fille sur son dos, traverse la rivière avec force et dépose son charmant petit paquet, sur l’autre rive. Puis il rejoint son compagnon et tous deux reprennent leur chemin, en silence, concentrés sur chaque pas.


Une heure plus tard, le plus jeune moine ouvre soudain la bouche d’un air sombre : « Vénérable, vous avez brisé un précepte, nous n’avons pas le droit de toucher une femme et encore moins de la porter sur notre dos. »


L’ancien moine continue sa marche en silence. Quelques minutes plus tard, tournant légèrement la tête avec un sourire plein de bonté il rétorque « Mon jeune ami, moi j’ai déposé la jeune fille de l’autre côté de la rivière, toi, tu es encore entrain de la porter sur ton dos… ». »


Qu'est ce qu'on peut garder de ce conte ?

La première chose à faire dans une pratique thérapeutique est d'amener la personne à se recentrer sur le moment présent pour l'aider à revenir au réel et à voir progressivement la distance qui la sépare de la situation douloureuse pour poser de nouveaux actes.


Et vous, quel fardeau n’auriez-vous peut-être pas encore déposé sur l’autre rive ? Qu’est ce qui vous en empêche ? Et surtout, à l’image de ce moine ancien, qu’attendez vous pour profiter de ce qui se déroule en vous, sentir les odeurs, écouter les sons, et voir devant vous comme pour la première fois le paysage qui vous entoure ?


C'est en cela que consiste l'esprit « zanshin » évoqué dans les arts martiaux, tel que j'en parle dans mon livre, « l'art martial, une voie d'accomplissement personnel » (que vous pouvez commander ici => http://www.lulu.com/shop/hubert-maillard-de-la-morandais/lart-martial-une-voie-daccomplissement-personnel/paperback/product-23584501.html), et dont je vous livre un extrait :


« Le « guerrier » doit faire preuve d’une vigilance extrême qu’on nomme « zanshin » en japonais. Elle se traduit au combat comme dans la vie quotidienne par le fait de rester attentif à chaque instant, à chaque situation. Il ne faut avoir aucune absence, aucun moment de distraction avant, pendant et après l'action car toute négligence peut avoir des conséquences mortelles. Il faut s’attendre jusqu’à la fin, c'est-à-dire même après l’achèvement d’une action, à quelque chose à quoi l’on ne s’attend justement pas. Miyamoto Musashi, le plus grand sabreur de notre ère, dont nous reparlerons plus profondément dans ce chapitre, insiste sur le fait que « même en situation de combat, l’état d’esprit ne doit pas différer de ce qu’il est dans la vie quotidienne ». Ainsi, il faut faire du combat une situation ordinaire et de l’ordinaire, une situation de combat. Pour cela, le guerrier doit développer une attention continue (« la-tension » juste, différente de la concentration trop ciblée et éprouvante), pour éviter la moindre faille qui peut avoir des conséquences irrémédiables. C’est ainsi qu’il sera mieux préparé face à des situations plus ou moins dangereuses, même face à la maladie. Il pourra aussi plus facilement résoudre un conflit, en percevant les premiers signes avant qu’ils ne grandissent. Il ne faut pas non plus oublier qu’après avoir réussi à éviter un danger ou un problème quelconque, sans « zanshin », on devient la victime idéale d’un nouveau danger ou d’un nouveau problème. Agir avec cette présence d’esprit, c’est bien souvent faire face aux événements avant qu’ils ne se compliquent. Le guerrier polit donc son esprit sans relâche pour demeurer conscient de toute menace potentielle, sachant qu’après avoir livré une bataille, une autre se profile. »


Rôle de la respiration consciente

Par une respiration plus consciente, nous cultivons notre capacité à percevoir nos ressentis, étendre nos facultés sensorielles (et donc nos compétences somatiques) et ne plus projeter sur les autres nos charges émotionnelles non résolues. Ce processus nous amène à nous extraire des pièges de notre mental, de notre EGO (qui se manifeste par la dispersion, la dualité, des projections emplies de craintes pour le futur, des préoccupations dues à nos traumatismes et inhibitions passées) et de nos vieux schémas comportementaux, pour laisser place à nos valeurs authentiques, à nos intuitions fulgurantes (avec un plus grand recul face à nos tâches routinières), à notre SOI (en langage psy), notre être profond, riche de l'expérience qui se déroule au niveau inconscient (c'est à dire sans possibilité de saisir ce qui se passe), sans jugement ni notion temporelle. Il laisse place à un sentiment d'unité (d'alignement) où on se sent physiquement ancré, mentalement clair, émotionnellement stable et en harmonie avec notre environnement en répondant simplement aux situations (en les intégrant, en faisant AVEC) sans réagir exagérément (comme le ferait l'EGO dans une seule alternative séparatiste de POUR ou de CONTRE), en faisant de meilleurs choix favorables à notre bien-être, en nous libérant de notre attachement à notre identité construite.


Une respiration correcte nous offrira un voyage où chacun peut choisir sa destination, grâce à une utilisation plus consciente et disciplinée de son attention et de son intention, où chaque inconfort intérieur est un indicateur pour changer de voie ou de posture. Ce processus nous connecte à notre source, en permanence à notre disposition pour nous guider. Il nous donne accès à notre langage authentique quand nous sommes calmes, détendus et réceptifs, avec de la reconnaissance pour tout ce qui nous arrive. Il rassurera notre EGO qui prends toujours le dessus quand nous avons peur, car il est là pour nous protéger, bien qu'il soit toujours en retard d'une guerre. Car cet EGO reste dans la réaction entre le passé vécu et le futur imaginé, tandis que le SOI agit dans le présent.


Comme l'a dit Maître Oogay dans Kung Fu Panda :

« Hier est derrière, demain est mystère, et aujourd’hui est un cadeau, c’est pour cela qu’on l’appelle le présent. » Ici et maintenant, il n'y a rien à atteindre, rien à réussir, en laissant seulement les choses émergées.


Quelle est la méthodologie ?

Il nous faut au départ créer un temps, un espace entre nos émotions, nos pensées et nos actions, une sorte de supervision, d'auto-observation. Le raisonnement et la conscience du moment présent cohabitent rarement bien ensemble. Nous sommes là où est notre attention. Quand je place mes élèves dans leur processus de respiration, ils créent cet espace utile pour mieux discerner ce qui se joue réellement. Ils accueillent d'autant mieux leurs peurs, leurs difficultés, qu'ils se rendent alors compte que leur interprétation est en grande partie influencée par leur ego et son imaginaire. Nous ne pouvons penser en dehors de la boîte quand la pensée est la boîte. Autrement dit, nous ne pouvons nous libérer des difficultés avec les mêmes processus (issus toujours de notre mental) qui les ont créés. Il nous faut tous apprendre à reconnaître quand nous sommes dans le passé ou le futur, en ressentant nos émotions dans notre corps physique pour laisser place à la présence, à la clarté mentale, qui fera ce qui est juste au moment présent, au lieu de penser nous libérer de traumas du passé ou de projections futures négatives issues de la peur, de la colère ou de la douleur, qui nous conduit inexorablement à une fuite en avant (avec de nombreux subterfuges comme nos addictions en tout genre, l'usage d'excitants ou de calmants, l'accumulation de biens matériels...).


Pour la présence, aucune difficulté n'est insurmontable. Seul l'alignement avec notre (?) intention compte. C'est un processus d'éveil, de conscience intuitive de notre sagesse interne où la compréhension mentale ne peut totalement y avoir accès. C'est un voyage par l'expérimentation qui est notre guide et qui restera valable quelles que soient les circonstances car elle représente ce que nous avons besoin d'apprendre. Le processus de présence nous enjoint à utiliser la respiration qui ancre notre conscience dans notre corps, moyen efficace de développement émotionnel pour nous « dé-couvrir », pour accueillir les symptômes de conforts et d'inconforts physiques et mentaux et y répondre par le sentiment de présence, sans réaction séparatiste, sans recherche de contrôle, en faisant nos choix en fonction de la situation présente et non fondés sur des arrières pensées liées au passé ou nos croyances sur ce qu'il devrait arriver. Notre réponse dans ce cas, n'engage aucun jugement, aucune comparaison, aucun jeu de pouvoir et balaie toute notion d'échec ou de bon ou de mauvais, de victime ou de vainqueur. C'est la notion de « mushin » (notion des arts martiaux japonais voulant dire « esprit vide »), ou « non faire » chinois, ou encore de « lâcher-prise » où le mental ne doit pas saisir ce qui se passe pour que l'action toujours présente soit issue de notre fonds intérieur et non d'une frustration plus ou moins réprimée ou d'interprétations ou croyances provenant d'expériences passées. La qualité de notre expérience dépendra de la façon dont nous allons consciemment utiliser nos 2 outils de perception (que nous devons placer sur notre respiration pour nous détourner du passé et du futur et nous ancrer dans l'instant), à savoir, l'« a-ttention » (la « bonne » tension), l'objet de notre concentration mentale, et l'« in-tention », qui est la raison de notre concentration pour trouver la juste réponse dans le « je » et le « nous ». Elle exige donc l'attitude volontaire de laisser place au non contrôle de la situation. Il s'agit d'apprendre à mieux sentir ce qui se passe en nous, plutôt que de chercher à se sentir mieux. Quand nous y sommes, notre réponse est fluide, paisible et aimante, avec une meilleure perception de la connexion énergétique des causes et effets. Notre seule tâche est de permettre à la qualité de présence d'intervenir, de nous ouvrir à elle, de nous rendre disponible en nous focalisant sur la question, afin que la réponse vienne toute seule, en se manifestant de façon souvent inattendue. Comprendre quelque chose mentalement ne suffit pas. Le savoir exige que nous entrions dans l'expérience physique, mentale et émotionnelle de ce que nous cherchons à savoir. A ce stade, nous laissons tomber le POURQUOI pour nous adapter au COMMENT. Au lieu de nous évertuer à changer les expériences qui nous déplaisent, il serait plus judicieux de changer la qualité de perception de celles-ci, en nous confrontant aux causes. Nous ne pouvons pas forcer les choses, mais seulement leur permettre de se déployer naturellement. C'est comme une onde radio que nous cherchons à capter, il nous faut trouver la bonne fréquence. Nous passons alors de la séparation à l'unification, de la réaction à l'intégration, de l'inconfort à la légèreté, du déséquilibre à la fluidité, de l'opposition à la compréhension, du blâme vers la responsabilité, de la recherche de bonheur vers l'accueil du présent.


C'est cette présence à SOI plus développée au fur et à mesure avec une bonne respiration, qui peu à peu, nous amènera à l'art de l'anticipation, qui n'est ni plus ni moins que la capacité d'être présent pour détecter les prémisses d'un changement nous poussant à agir.


C'est ce que bon nombre d'élèves m'expriment en retour dans leurs témoignages, en trouvant finalement plus de sérénité dans leur vie pour prendre de meilleures décisions, sans plus se laisser happer par l'une des trois de leurs réactions naturelles, le combat, la fuite ou la sidération, mais en empruntant une 4ième voie, celle de la recherche d'unification, d'amour.


Conclusion

La plus grande difficulté restera de nous convaincre de changer nos habitudes pour ancrer une façon plus consciente de respirer. Le corps et notre cerveau sont flemmards pour changer les choses, car ils voient ça comme un effort alors que leurs jobs au départ consistent à notre survie et à nous protéger au mieux dans la durée. Il me semble utile d'évoquer ici la « loi de l'hormèse », dont il faut nous inspirer et que nous devons nous approprier : elle consiste à considérer qu'il faut un minimum d'inconfort pour pousser les limites de notre adaptation. Plus notre amplitude d'adaptation sera grande, plus nous pourrons trouver facilement la bonne mesure entre le stress et l'enjeu, ce qui revient à parler de « flow » (mais c'est une autre histoire). Il en va de notre capacité à être plus agile pour répondre aux circonstances en trouvant finalement la bonne tension entre lâcher-prise et tenir-prise. Dans tous les cas, la respiration est la voie royale pour cela !

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